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Barikad Crew, success story
Ils ne laissent personne
indifférent. Ce sont les stars du moment pour certains et des
« bad boys » pour d’autres. Je parle de Barikad
Crew, le groupe rap numéro un du moment. Le groupe qui défraie la
chronique en
Dès leur
deuxième méringue (ou leur troisième, je ne sais pas trop),
“kijan l te ye” qui ne fut pas reconnu tout de suite comme hit par
le public port-au-princien, Barikad a capté mon attention de
mélomane et d’amateur de musique hip hop. Ensuite, leurs beats
entraînants et empreints d’une certaine originalité et
surtout la pertinence et la profondeur de la majorité de leurs textes
leur ont permis de se distinguer de la meute de groupes hip hop qui courent
vers le succès. Leur premier et unique album est un success
indéniable. Je trouve que leur style se rapproche du rap provenant du
sud des Etats-Unis, plus précisément de celui d’Atlanta.
Ceci étant dit, je me garderai de faire des considérations
techniques sur la musique de Barikad Crew, je ne suis pas un spécialiste
de la question mais seulement un mélomane averti qui se propose d’essayer
de vous livrer sa conception de leur histoire si jeune, si passionnante et si
tragique à la fois.
Le succès se
gère. Si l’on ne contrôle pas son succès, des choses
regrettables risquent de se passer. Comme vous devez le savoir, trois des
rappeurs du groupe Barikad Crew ainsi qu’un musicien et un ami qui a mis
sa BMW à la disposition de ses potes et idoles ont trouvé la mort
dans un accident de voiture sur la route de l’aéroport. Cet
accident, pour le moins terrible, s’est produit dans la nuit du samedi 14
au dimanche 15 juin de cette année 2008.
Il y a un aspect de la
question que la plupart des “analystes”, la plupart des personnes
ayant intervenu dans les médias ont négligé : la
responsabilité des artistes.
D’abord, il faut dire
que Barikad Crew est un groupe de jeunes issus de la masse populaire et qui est
arrivé à se créer un passage dans une
société qui ne donne guère de chance à sa jeunesse.
Une société qui a tendance à pratiquer un système
opaque de monopole.
Malheureusement, le talent
ne suffit pas pour réussir en Haïti. Il faut être
pistonné, encadré, protégé, proposé par ceux
qui contrôle le système si l’on veut prétendre
à une place au soleil.
Lorsque l’on voit des
jeunes de la rue Nicolas arriver à faire bouger la jeunesse de tout le
pays, faire comprendre à des mécènes qu’ils
représentent une valeur et un placement surs, se faire inviter dans des
émissions de radio et télévision les plus snobs et
résister à toutes les attaques d’une mafia tendant à
les dénigrer et à les stigmatiser, on n’a qu’une
chose sur les lèvres : « Wow ! Il faut le
faire !
Selon les dires du surprenant
K-tafal qui, malheureusement, a également fait partie des disparus, le
groupe a connu les misères les plus inimaginables avant sa
reconnaissance sur la scène musicale haitienne. Les jeunes rappeurs en
arrivaient au point d’utiliser l’argent de leur écolage pour
pouvoir enregistrer leurs premiers démos. Une chose est sure : ils
étaient soudés les uns avec les autres et c’est
unité mêlée avec leur talent certain qui les a
inspiré ces « lyrics » incisifs, étonnants
et si débordants d’énergie.
Grâce à Barikad
Crew, le rap Haïtien ci-après dénommé
« rap kreyol » connaît ses lettres de noblesse. On
n’est plus à l’époque où les rappeurs haitiens
prenaient la paresseuse habitude de déposer leur
« lyrics » sur des beats
« pèpè », des beats déjà
inventés et utilisés par des groupes américains. Papa
K-tafal voulait imposer une originalité haitienne en combinant les sons
hip hop avec nos rythmes africains tel le yanvalou, le rabòday et
j’en passe. Je ne dis pas que Barikad Crew est un pionniers en ce sens,
non chers amis, mais ils sont ceux qui ont atteint le plus grand niveau de
réussite. Imaginez-vous qu’ils ont vendu cinq mille cd en deux
jours à musique en folie, la plus grande foire musicale du pays. Cela
peut ne pas signifier grande chose dans d’autres pays mais en Haïti
où le pouvoir d’achat est au plus bas, où le respect des droits
d’auteur est un idéal qui n’est jamais atteint.
Leurs détracteurs en
disent qu’ils sont irresponsables, indisciplinés et adeptes du
vandalisme et des batailles de rue mais leurs textes sont si travaillés,
si profonds et si concernés des vissicitudes que connaît la
société haitienne du vingt-et-unième siècle.
Toutefois, ces autididactes de
la musique sont la nouvelle preuve que la jeunesse haitienne peut
réaliser de belles choses si le reste de la société veut
bien lui donner sa chance.
En tant que
«superstar » qui compose des morceaux pouvant ébranler
la conscience de toutes les couches de la population, nos artistes se doivent
d’être des modèles dans tous les sens : ils doivent
être en tout temps concentrés et évités tout
relachement car leurs moindres faits et gestes sont observés et
analysés...
Dommage que K-tafal et Dejavoo
sont partis si prématurément, ils étaient si talentueux. A
suivre...
(Poste 3 Juillet 2008)
Biwo leta
Nul ne se connaît tant qu’il
n’a pas fréquenté un bureau de l’administration
publique en Haïti. J’ai
eu la chance ou la malchance de faire cette expérience que je ne suis
pas près d’oublier. C’est d’ailleurs vrai qu’il
n’est un secret pour personne dans le pays que les employés de
l’aministration publique accueillent mal les simples citoyens , ceux qui
n’ont pas de pistons, de « moun pa » pour les
éviter les péripéties dont a droit la grande
majorité de la population.
C’est un sujet qui me tient à coeur,
chers amis, et j’estime que l’Etat haïtien a beaucoup à
faire pour remédier à cette situation dans un souci de
rentabilité et d’humanité. Bref, un souci de service
public. Est-ce un problème de formation ou encore un laisser-aller
beaucoup trop poussé? Toujours est-il que si vous voulez vous rendre
soit à l’Office National d’Assurance vieillesse, la Direction
Générale des Impôts, le Service de l’ Immigration et
de l’Emigration, l’Office d’Assurance Véhicule Contre Tiers
ou encore au Service de la
Circulation des Véhicules, il vous faut avoir les nerfs solides et vous
préparer à y passer une éternité et affronter des
personages hautains et non accueillants.
Dans les entreprises de certains pays, on prétend
que le client est roi et, par conséquent, a droit à des services
de qualité. En haïti, c’est un voeu pieu que de recevoir des
services de qualité. Mis à part, quelques administrations
privées qui se sentent obligées d’augmenter la
qualité de leur service fourni en raison de la concurrence à laquelle
elles font face, les autres, c’est-à-dire la grande
majorité a, dans son sein, des employés qui considèrent
les clients ou contribuables comme des dérangeurs voire des emmerdeurs.
Nous autres haïtiens avons toujours tendance,
après chaque mauvaise expérience connue en Haïti, à
prononcer une phrase lapidaire, suicidaire du genre, Haïti est maudite,
Haïti ne changera jamais mais comment un pays qui a été,
jadis, surnommé la perle des Antilles peut n’être pas bon? Ce
sont les hommes et les femmes de cette terre qui lui ont forgé cette
réputation de paria de l’Amérique. Je pense qu’il
nous faudrait arrêter d’accuser les autres, les étrangers,
les blancs et ne nous en prendre qu’à nous-mêmes.
Il vous faut vous rendre au service de
l’immigration et de l’émigration, chers amis, pour bien
comprendre ce que j’avance. En général, le contribuable haïtien
se rend tôt devant les barrières de ces bureaux de
l’administration publique car
il sait à quoi il doit s’attendre. Cette diligence, ce souci
d’arriver à l’heure pour recevoir un service auquel on a
droit présente un parfait contraste avec l’attitude de certains
employés ou plutôt de certaines employées qui
n’arrivent que deux ou trois heures après la montée du
drapeau c’est-à-dire après huit heures du matin et, en plus,
elles ne sont nullement pressées. Avant de se mettre
véritablement au travail, il faut qu’elles vérifient si
leur maquillage tient toujours, qu’elles se fassent un brin de causette
et qu’elles ré-aménagent leurs bureaux. Malheur à
ceux qui les abordent avant ce rituel arrogant et désobligeant car ils
riquent de goûter à l’indifférence de leur vie.
La malice populaire avance que des jeunes filles
obtiennent leurs jobs dans l’administion publique grâce à
leur charme et qu’elles sont, par conséquent,
indétronables. Dès fois, l’on se demande si ces femmes et ces
hommes ont reçu une formation préalable quelconque avant de
décrocher ces postes au sein de l’administration publique ou si le
fait qu’ils passent systématiquement à côté du
comportement minimal exigé de fonctionnaires placés pour servir
est dû au stress constant auquel ils doivent faire à longueur de
journée. Cette dernière hypothèse n’est pas à
rejeter car en Haïti, l’administration est centralisée
à Port-au-Prince, la capitale, et, pour obtenir le service le plus
élémentaire, le citoyen est obligé de se rendre à
« la république de Port-au-Prince ».
Toujours est-il que dire que le service, dans ces
bureaux publics, laisse à désirer est moins que l’on puisse
dire. A l’Office d’Assurance véhicules Contre Tiers par
exemple, où l’on se rend en principe pour obtenir une police
d’assurance pour son véhicule, effectuer un transfert de nom dans
le cadre d’une vente de véhicule, la situation est la même.
L’accueil est aussi décourageant que dans les autres pôles
étatiques. Point n’est besoin de parler de la Direction
Générale des Impôts, de l’Office National
d’Assurance Vieillesse et j’en passe.
Malheureusement, un problème encore plus
grave est celui de la corruption existant dans ces institutions. Chers amis,
nous ne sommes plus à l’époque où le fonctionnaire
réclamait directement au contribuable, au citoyen, l’argent
d’à côté pour lui fournir un
« service rapide » ou encore un service non confirme
à la loi ou aux règlements. La corruption a pris des formes plus
intelligentes et plus complexes. Toutefois, le mode opératoire est
identique dans tous les bureaux, les institutions de service public. Il
consiste à amener le client devant un fait accompli, à rendre difficile,
le plus difficile possible l’accession au service. Ainsi, celui qui se
présente à l’un des bureaux cités plus haut subit
toutes les péripéties de la vie, enfin, presque tout avant
d’être obligé de se décourager et de se
résigner à rentrer bredouille chez lui. C’est là
qu’intervient et surgit un « bon samaritain », un
« homme providentiel » qui n’est en fait
qu’un « raketteur ». Ce dernier lui propose de lui
donner satisfaction en un temps record en échange d’une certaine
somme d’argent. Le pauvre citoyen, s’il a les moyens de payer, se voit
souvent obligé de se livrer à ce loup au visage de bienfaiteur.
Dans la plupart des cas, le temps qui ne joue pas en sa faveur finit par lui
enlever toute résistance, toute hésitation et il remet
l’argent de la délivrance au « raketteur ».
Ce qu’il vous faut savoir, chers amis,
c’est que le « raketteur » n’a pas sa raison
d’être s’il n’a pas la complicité des
employés de l’institution autour de la laquelle il parasite. En
d’autres termes, chaque « raketteur » est
attaché à un employé ou un groupe d’employés
avec lesquelles il partage le butin quotidien. D’ailleurs, c’est un
secret de polichinelle dans le pays et même les directeurs qui affectent
d’ignorer cet état de fait en sont au courant. Le « raketteur »
ne se doit d’avoir aucune pitié, aucune morale et ne miser que sur
la fragilité, la vulnérabilité, la
précarité, l’urgence de la situation du client. Ce dernier
ne doit être vu que comme une source d’argent, une source dont ils
doivent tirer un max car, au terme de la « journée de
travail », il lui faudra partager le butin avec ses complices du
bureau en commençant par le simple portier qui lui a laissé faire
ses différentes allées et venues sans dérangement pour
finir à ceux dont les gichets étaient inaccessibles,
inaccueillants et imperméables au simple citoyen mais qui règlent
vite fait bien fait les affaires du « raketteur ».
En somme, c’est un système bien
organisé et monté pour permettre à Haïti de tenir
bien haut la barre dans le classement des pays les plus corrompus de la terre.
Dans l’acte de corruption, il y a, bien sûr, le corrompu et le
corrupteur et le citoyen haïtien doit choisir entre devenir corrupteur ou
moisir pendant des journées entières sur des bancs dans
l’espoir d’obtenir ce qui lui est dû et pour lequel il est
prêt à payer. A suivre...
Connaissez-vous
sous les termes "chyen janbe",
"anba dra", "akoupi m chaje w", " bann a
pie", "alekin"?
Non? Bon, ce
n'est pas bien grave mais si vous êtes à Port-au-Prince et que
vous n'avez que cinquante gourdes en poche pour déjeuner, il est fort
probable vous soyez dirigé vers un plat cuisiné dans un "
restaurant" dont le propriétaire ne paie pas de patente, un Chyen
janbe.
Eh oui chers amis, je suis en train de vous parler de ces
commerces de nourriture qui pullulent à travers la capitale d'Haïti
et dans les villes de province, ces commerces que l'on rencontre surtout dans
les marchés publics, aux abords des écoles, des gares ou des
innombrables rues-garages.
Le peuple haïtien est très
débrouillard. Il se crée des activités informelles pour
faire face au chômage et, avoir un commerce de " chyen janbe"
(lisez chien jambé), est l'une de ces activités.
Les conditions dans lesquelles sont
préparés ces repas ne sont pas des plus hygiéniques. Les
mauvaises langues se plaisent à dire que moustiques, poussières
et mauvaises odeurs s'ajoutent aux ingrédients. De plus, certains
plats sont servis dans des
assiettes reconduites ou renouvelées après usages sans être
lavées véritablement. Toutefois, les " chyen janbe"
occupent une place importante dans la vie de beaucoup d' haïtiens.
En effet, lorsque les choses étaient bonnes, comme
on dit en Haïti, les "chyen janbe" étaient l'affaire des
gens de la classe populaire. On ne trouvait les marchandes de nourriture que
dans les ghettos. A ce propos, je demande comment ferait le petit peuple s'il
n'y avait pas cette alternative qu'offrent ces repas bon marché et que
l'on peut trouver à toute heure et partout. Seuls les
chômeurs et les petites
bourses consommaient, disions-nous, les " chyen janbe" mais avec le
temps et la diminution du pouvoir d'achat ou, encore, la hausse du coût
de la vie, la situation a évolué.
De nos jours, on retrouve des personnes de toutes les
catégories sociales sous les draps (anba dra) : jeunes étudiants
et étudiantes issus des
sections communales et s'établissant dans les villes pour y continuer
leurs études, hommes célibataires ou divorcés,
fonctionnaires moyens travaillant dans les établissements publics et
même dans des établissements privés telles des banques par
exemple. En somme, des personnes que l'on ne rencontrerait pas dans des
endroits pareils il y a de cela dix ans. Les temps sont durs et, à la
guerre comme à la guerre! On évite de s'embarrasser de certains
complexes sinon la faim encore dénommée "chlorox" envahirait
le ventre vite fait bien fait.
J'ai mené une petite enquête sur les "
chyen janbe" et elle m'a permis d'avoir les précisions suivantes.
Un "anba
dra" est un de ces restaurants de fortune où les seules
infrastructures de base sont un banc sur lequel les clients sont assis
côte à côte, consommant le plat du jour rapidement pour,
ensuite, céder leurs places à d'autres impatients et un drap qui
les cache de la vue des curieux.
Un " akoupi m chaje w" est un commerce de " chyen janbe" dépourvu
de banc et sans aucun drap pour cacher les consommateurs. Ces derniers sont
obligés, soit d'emporter leurs plats, soit de trouver un endroit
eux-mêmes pour manger en toute quiétude.
Un " bann a pie" est un " chyen
janbe" dont la marchande se promène afin d'écouler sa marchandise qui se trouve dans une
chaudière installée dans un panier.
Un
" alekin" est un plat de riz non arrosé.
Un
ami m'a attiré l'attention, l'autre jour, sur l'importance de ces
activités. Il m'a dit que nous vivons dans un pays où le taux de
chômage est très élevé. Alors, si nos femmes
n'avaient pas eu la brillante idée de se créer des boulots de ce
genre, l'Etat aurait plus de frustrations encore à gérer. D'un
autre côté, une grande majorité d'haïtiens n'ont pas
les moyens de fréquenter un restaurant décent tous les jours
où les prix sont totalement au dessus de leurs possibilités.
Donc, les " chyen janbe sont commodes et les bienvenus partout où
ils s'installent. C'est un commerce florissant et sans risque. Le
bénéfice est assuré.
"
Mikrob pa touye ayisyen", dit la malice populaire. Ce n'est nullement vrai
, ma foi, c'est plutôt un moyen,
de se préparer psychologiquement à manger de la nourriture
douteuse ou préparée dans des conditions d'hygiène qui
laissent à désirer mais il faut admettre, d'un autre
côté, que l'utilisation excessive d'huile dans les
« chyen janbe » est la source d'un mal encore plus
chronique chez l'haïtien de ce début de siècle:
l'obésité. A suivre...
Douco girls
La
semaine dernière, il a été question dans Pal Talk, d'une
nouvelle classe de luménas constituée
de jeunes filles, d'adolescentes surtout, se lançant à l'assaut
d'hommes dans le but de s'assurer un quotidien meilleur. Je n'aimerais pas vous
donner l'impression, chers amis, que j'ai une dent contre nos jeunes haïtiennes (loin de moi cette
idée) car nos femmes belles et pleines de qualités pour mériter mon attention. En
effet, je trouve la jeune femme haïtienne
pudique (trop excessivement pudique
à mon sens), réservée, charmante et très forte de
caractère.
Toutefois, il y a une tendance qui se
développe de nos jours et cette tendance interpelle ma conscience de
déssalinien (je plaisante) se sentant bien dans sa peau. De plus en plus
de jeunes femmes ont recours à des crèmes de beauté, des
poudres, des lotions pour la peau afin de s'éclaircir le corps. Pourquoi
cette tendance à devenir " grimelle"?
Cela est-il dû à une demande de " light skin" de la part
de la gente masculine? Complexe d'infériorité? Victime de la mode?
Autant de questions auxquelles je ne prétends pas avoir de réponses
mais la situation est telle que malgré la critique acerbe des uns et des
autres qui les appellent "douco", "fausses
grimelles" ou encore "grimelles
boby store" (en référence à
un célèbre magasin de la capitale spécialisé dans
la vente de produits de beauté), elles semblent
déterminées à se faire aussi blanches que Michael Jackson.
Il
faut les voir, chers amis, elles se livrent corps et âme dans cette
quête de blancheur. La montée des prix de produits de
beauté importe peu pour elles car l'essentiel est de trouver l'argent
nécessaire à l'approvisionnement en crèmes pour la peau et s'en
enduire tout le corps. Malheureusement, certaines parties du corps tels les
orteils, les doigts, les talons et autres parties rebelles de la peau ne répondent
pas comme il se doit aux caresses et font preuve d'indiscrétion. Ce sont
justement ces parties rebelles qui font que nos " blanches neiges" en
devenir soient tout le temps exposées à la malice populaire. Elle
ont beau frotter, appliquer, essayer, réessayer mais rien n'y fait: la
noirceur demeure et les "fausses grimelles"
sont démasquées.
Certains
hommes apprécient la compagnie de femmes qui consentent beaucoup de
débours en accessoires de ce genre. C'est bien vrai qu'il est cool de se
montrer en compagnie d'une beauté parfumée et qui ne
lésine pas sur les moyens lorsqu'il s'agit de plaire mais l'intolérance est le
défaut premier de tout haïtien digne de ce nom et cette intolérance
ajoutée à notre machisme légendaire font une guerre
résolue à des femmes qui ont quand même le droit de
disposer de leur corps comme bon leur semble.
L'autre
jour, à la radio, j'ai entendu un médecin parler du danger auquel
s'exposent les personnes qui
s'éclaircissent la peau. Le médecin a fait état de la
mélanine qui est une substance entrant dans la pigmentation et qui
diminue à mesure que la peau devenait plus claire. Alors, moins on a de
mélanine, plus on est exposé au cancer de la peau car cette
substance nous protège contre les rayons ultraviolets du soleil. Selon
le spécialiste, la personne est également plus sensible aux
infections cutanées.
En
somme, au-delà du risque permanent de se faire chahuter par des
personnes qui ne cherchent qu'à blesser leur amour propre, nos blanches
neiges en devenir se soumettent à un danger beaucoup plus sérieux
venant de la grande vulnérabilité de leur peau par rapport aux rayons meurtriers du soleil.
"Je
vous remercie mon Dieu de m'avoir créé noir" a dit
le poète Bernard Dadié, " Black
is beautiful "
clament haut et fort les défenseurs autoproclamés de la race mais ces paroles qui se
donnent pour objectif de créer une identité favorable aux noirs
par rapport aux attaques racistes venant de tous bords semblent ne pas avoir
atteint certaines oreilles. Bon, des goûts et des couleurs, on ne discute
pas, n'est-ce pas?
Connaissez-vous le terme
"luména"? Avez-vous déjà eu affaire à une
luména? Avez ou n'avez-vous
pas peur d'une luména? En tout cas, c'est un mot redoutable. Je ne sais
pas pour vous mais, à moi, il me fait peur. Une chose est sure. Pour être
luména, il faut être une femme car on n'a pas encore entendu
parler de luméno. Brrr!!!
Une
luména, chers amis, c'est une femme qui brasse dans les hautes
sphères, une femme qui use de ses charmes pour pêcher les gros
poissons, les hommes prodigues, les "big boss". Compte tenu de la
misère, le "métier" de luména, puisque c'en est
devenu un, n'est pas de tout repos. Dans la plupart des cas, une seule proie ne
suffit pas. Minimum trois dans la plupart des cas.
De nos jours,
les luménas ne sont plus les grosses dames toujours maquillées de
façon excessive et dont les doigts sont couverts de grosses bagues et
qui se balançaient les fesses. Le terme a évolué, chers
amis, la catégorie d'age aussi a évolué: les
luménas se font de plus en plus jeunes. A Port-au-Prince, beaucoup de parents
démissionnent comme on dit. Ils jettent l'éponge. On peut les
comprendre, ces parents. Pas de travail, pas de perspectives d'avenir, pas
d'espoir. On ne sait pas à quel saint se vouer pour donner à
manger à toute la maisonnée et c'est là qu'entre en jeu leurs
progénitures de seize à vingt ans, qui se sentent obligées
de laisser l'adolescence et se lancent à l'assaut d'hommes capables de
subvenir à leurs besoins de jeunes fille affamées (de nourriture
mais de sexe également).
Ces jeunes filles ne sont pas
seulement l'avenir de la famille mais aussi le présent,
l'immédiat de ces père, mère et frères et
sœurs vaincus par la dureté de la vie haïtienne et
obligés de tolérer des affronts impensables il y a pas longtemps.
Point n'est besoin de vous dire que la jalousie, les défenses de sortie
et autres barrières dont les jeunes filles étaient les objets ne
sont plus de mise. Elles ont carte blanche pour fréquenter n'importe
quel " player", "zinglindo", dealers de drogue, hommes
mariés, etc. Tous les types d'hommes qui leur auraient été
interdits dans une Haïti où tout le monde peut manger à sa
fin et trouver du travail pour faire face aux obligations familiales en hommes
dignes et responsables.
Nos jeunes filles sont
livrées à elles-mêmes. Les prédateurs n'en demandent
pas mieux mais, rassurez-vous, nos luménas juniors ne sont pas naives,
elles savent comment tirer leur épingle du jeu. Un jeu où l'on ne
se fait pas de cadeau. L'homme se donne pour objectif d'obtenir des faveurs
sexuelles en dépensant peu alors que la fille espère en tirer un
max en se donnant peu. Ces jeunes filles apprennent vite et ne prennent pas les
mêmes FKD deux fois. Comment cela va-t-il se terminer? A suivre…;
(Poste 15 Sept 2008)
Moun fou
Chers amis,
après plusieurs semaines d’absence, je
reviens à cette tribune
qu’est Pal Talk pour
dénoncer le peuple d’insensibles et d’indifférents
que nous sommes, nous autres Haïtiens. Oui, nous avons cette
particularité de faire semblant de ne pas voir et de ne pas
émouvoir pour des situations qui feraient appel à la conscience
de beaucoup (je ne dis pas de tous pour ne pas être trop catégorique)
d’autres peuples vivant sur la planète Terre. Je veux bien m’arrêter de
continuer d’émettre cette critique si quelqu’un veut bien
m’expliquer pourquoi, nous autres Haïtiens, ne faisons rien pour les
innombrables aliénés mentaux qui ne cessent d’errer dans
les rues de Port-au-Prince et dans celles des villes de province.
En effet, les fous ou encore les « moun fou » comme on les appelle en Haïti,
existent en nombre imposant dans
les villes haïtiennes et le nombre ne cesse d’augmenter. Je ne vais
pas m’aventurer à émettre un avis d’expert ou
scientifique sur les différentes formes de folie que l’on peut
rencontrer en Haïti mais je peux quand même donner un avis
d’expert sur la façon dont ils sont traités par leurs concitoyens.
D’abord, essayons de voir ces êtres
déplorables à travers les yeux des enfants, des tout-petits
enfants qui ne sont pas encore contaminés par les défauts, les
« acquis », les complexes inhérents à notre
chère société haïtienne. L’enfant qui ne
demande qu’à apprendre afin de s’armer de plus
d’informations possibles lui permettant de comprendre le fonctionnement
de la société des adultes, se pose surement un tas de questions
lorsque son regard s’arrête sur le spectacle que lui offre cet
être bizarre qu’est, à ses yeux, le « moun fou ». Il se demande surement, disions
nous, ce que fait dans la rue, ou accoutrer de la sorte, cet homme ou cette
femme qui n’est pas comme les autres. Pourquoi marche-t-il
« tout tout nu » dans la
rue ? Pourquoi est-il si sale ? Pourquoi affiche-t-il ce comportement
singulier ? Ce sont autant de questions que peuvent nos petits bouts de
choux innocents et naïfs mais il leur reste encore une question qui pourrait se révéler très
embarrassante pour leurs parents s’ils arrivaient à la leur
poser : pourquoi est-ce que les personnes dites normales ne font rien pour
les retirer de leur état déplorable ? Si une telle
question vous était
posée par un enfant dont les yeux sont grand ouvert et attendant
avidement une réponse, que lui auriez-vous répondu, chers
amis ? En tout cas, pour ma part, je pense que j’aurais
été dans mes plus petits souliers.
D’ailleurs, je dois vous dire que la
question est souvent posée mais les « marrons »
que nous sommes trouvent toujours un moyen de contourner la question en disant tout
simplement que c’est un « moun
fou ». En ne donnant que cette courte affirmation comme
élément de réponse, les adultes livrent leurs
progénitures à l’un de leurs tout-premiers exercices de
réflexion, ils les invitent à se creuser les méninges pour
comprendre le sort des « moun
fous ». Alors, à ce stade, l’enfant, en suivant le
comportement de ses parents vis-à-vis des aliénés mentaux,
essaie de deviner pourquoi les grandes
personnes
trouvent qu’il est normal que l’on ne fasse rien pour eux.
Il essaie de comprendre pourquoi, en aucun cas, il ne lui est pas permis de se
vautrer dans la boue par exemple, alors qu’il vient de remarquer un homme
qui est assis sur sa propre matière fécale sans que personne ne
s’en offusque. Je dois vous dire, chers amis, que c’est beaucoup de
travail pour le cerveau d’un petit enfant.
Il en est de même pour les étrangers
qui visitent Haïti. Ils ont du mal, certaines fois, à comprendre
pourquoi nous n’internons pas nos aliénés mentaux dans des
asiles dont la mission serait de les suivre, les guérir et les
réinsérer dans la société. Là encore, on
essaiera peut-être de leur expliquer que ce sont des choses qui leur
seront difficiles à comprendre car ils ne sont pas Haïtiens.
En
Haïti, on ne s’embarrasse pas de manières lorsqu’il
faut expliquer un phénomène. De ce fait, il est aisé de se
mettre dans la tête qu’un jeune homme qui se balade sans
vêtement (dans la plupart des cas)
dans la rue à longueur de journée mérite amplement
son sort parce qu’il avait, dans un passé assez lointain,
abandonné une innocente jeune fille avec qui des fiançailles ont
été conclues pour, finalement, la délaisser et en partir
avec une autre qui lui paraissait plus avantageuse et plus riche. La pauvre
jeune fille était probablement tombée enceinte ! En somme,
l’essentiel est de rendre le jeune homme assez coupable pour arriver
à se dire qu’il ne mérite pas de pitié et
l’abandonner définitivement à son triste sort. Histoire de
se donner bonne conscience, quoi !
Vous comprenez clairement, chers amis, que la
folie est souvent associée au mystique ou encore au vodou. Dans notre
croyance (pas dans la mienne en tout cas), quelqu’un devient fou
facilement si l’on lui jette le sort approprié. C’est ce qui
explique qu’il y ait autant de « moun
fou » à garnir nos rues car « mal pap janm fini ». En
d’autres termes, tant qu’il y aura des femmes et des hommes qui
commettent de tels impairs du genre de celui du bonhomme dont je viens de
parler plus haut, il y aura des « bocors »
tout aussi dévoués à rendre « justice »
à la victime éplorée.
Ainsi, les enfants se sentiront plus à
l’aise pour taquiner le « moun
fou » du quartier qui n’est pas vu comme une victime, un
malade qui nécessite des soins psychiatriques mais un coupable qui expie
un mal qu’il a commis
antérieurement. D’ailleurs, c’est un jeu auquel presque tout
le monde se prête et les « moun
fou » sont la proie de tout un chacun qui désire
s’amuser un peu, histoire d’oublier, ne serait-ce que pour un court
moment, les vicissitudes de la vie. Alors, on leur tire la queue des
vêtements, on les appelle par des noms ou sobriquets dont ils ne veulent
pas du tout entendre parler. Comme résultat, le « moun fou » lance des pierres et met un peu de
baume, un peu d’action permettant de combattre temporairement la monotonie
ambiante.
Tout cela est bien bon, diront peut-être des
malicieux mais ne risquons-nous pas d’être perçus par les
étrangers comme les véritables fous car nous prenons pour normal
ce qui, en fait, est inacceptable ? A suivre…
(Poste 14 Mai 2008)
En Ha?ti, nous avons deux pays : la ? r?publique de Port-au-Prince ? et le pays en dehors. En fait, ceux qui avancent cette th?se le font, soit parce qu?ils l?ont toujours entendu dire, soit pour d?noncer l?irresponsabilit? des responsables du pays ? l??gard du ? pays en dehors ?. En effet, de ces deux ? pays ?, le traitement n?est pas le m?me parce que Port-au-Prince arrive ? s?accaparer de presque tout et ne laisse que des miettes au pays en dehors. Vous comprendrez, chers amis, que le ? pays en dehors ? dont je vous parle n?est autre que l?ensemble des villes de province, le reste du pays, quoi !
Nous disions, donc, que Port-au-Prince efface le reste du pays. Lorsqu?il s?agit d?administration, de budget de fonctionnement, d?Ha?ti, eh bien, c?est la ? R?publique de Port-au-Prince ? qui occupe l?attention de nos dirigeants et les villes de province sont trait?s en parents pauvres, en ? pitit dey? ?. Sur internet, d?s que l?on parle d?Ha?ti, on ne met en ?vidence que les images de violence, de mis?re et de d?solation qui existent dans certaines parties de Port-auPrince et de quelques grandes villes de province. La vie ? la campagne est ignor?e ou, du moins, oubli?e par beaucoup de nos compatriotes. Mon nom figurerait encore dans cette liste si je n?avais pas lu r?cemment le livre de Guillot MONTOBAN titr? ? La vie ? la Lacolline d?Aquin ? paru en 2004 en France o? vit l?auteur.
D?abord, que dire de ce livre ? Un vrai r?gal. Il m?a permis de me rappeler de l?ambiance ? laquelle nous go?tions mon fr?re et moi, ?tant petits, chaque fois que nous allions passer nos vacances ? la campagne.
L?auteur nous emmene dans un univers o? ? jeunesse et adolescence rimaient avec vie naturelle et respect absolu pour les personnes ?g?es ?. A ce propos, je peux t?moigner que, dans les campagnes ha?tiennes, les jeunes saluent les ? grands ?tres ?, les adultes autant de fois qu?ils les croisaient. Un ? bonjour tonton ? ou un ? bonjour ma tante ? ?tait de rigueur lors de ces rencontres.
Point n?est besoin de se munir de r?veil, ni de montre lorsque l?on se trouve ? la campagne car l?aboiement des chiens la nuit et surtout le chant des coqs sont amplement suffisants pour vous indiquer l?heure qu?il fait. Les ? Madan sara ?, les marchandes se doivent de prendre la route d?s quatre ou cinq heures du matin derri?re leurs mulets, ?nes ou chevaux ? sell?-brid? ? dans le but d?aller approvisionner les march?s et retourner ? la maison avec d?autres produits qu?elles ne peuvent retirer de leurs terres.
Les jeunes se l?vent t?t ?galement pour aller puiser de l?eau ? la source et changer les b?tes comme on dit. Pendant ce temps, les ramiers, tourterelles, ? kaw ?, ? kwak ?, ? boustabak ?, serpentiers, ? kolobrik ?, ortolans, ? ti kit kit ?, pintades, ? pipirit ? et compagnie rivalisent en chants comme s?ils s?attendaient ? ce que les humains ?lisent les meilleurs chanteurs de la campagne.
Se lever t?t a un autre avantage lorsque l?on se trouve ? la campagne. A l?aurore, tout juste avant le lever du soleil, il faut se rendre l? o? attendent les ? mango ?, ? zaboka ?, goyaves et ca?mites arriv?s ? maturit? et qui ne demandent qu?? ?tre d?gust?s. Quand le mal d?estomac veut vous faire passer un mauvais quart d?heure, vous pouvez toujours vous faire bouillir un bon th? ? ase osi ? ou ? fobazin ?.
Comment peut-on oublier le sourire radieux des jeunes filles avec lesquelles les gar?ons les plus hardis se fixent des rendez-vous quotidiens pr?s des rivi?res lors des grandes s?ances de lavages ? L?, les bruits de ? batw?l ? utilis?s par les laveuses se font entendre sur les pantalons bleus, les ? abaco ? ou jeans ou encore sur les robes ? karabela ?. Pour mieux laver et taper ces pantalons bleus ou ces robes ? karabela ?, nos ? marabou ? les posent sur des pierres plates, puis, une fois propres, les rangent dans des ? ganm?l ? plac?es sur la t?te et s?en vont les ?tendre en plein air sous un soleil de plomb.
Pendant ce temps, les gar?ons, bien impliqu?s dans leurs r?les de jeunes taureaux, sautent dans des bassins, r?alisant des figures acrobatiques, des ? deux pieds coll?s ?, histoire d?impressionner les belles femmes cr?oles.
La nuit, pr?s des trois roches au feu de bois de camp?che, dans des cuisines couvertes de paille de mil, disons mieux, de ? pitimi ?, on s?accroupit pour se lever envahir par l?odeur d?un ? pitimi chode ak pwa congo ?, cuit sur trois roches au feu de bois de camp?che dans une cuisine couverte de paille de m?me mil, cuisine dont la partie sup?rieure sert de soud (grenier) pour la r?serve de l?ann?e. Pour acc?l?rer la cuisson, la chaudi?re est touff?e d?une ? kwi ? ( ferm?e herm?tiquement par un couvercle), ceintur?e de feuilles de bananier vertes pour emp?cher l??vaporation ou du moins la transpiration de la viande de porc founda d?gageant son odeur par-del? son p?rim?tre culinaire.
Avant sa cuisson, le petit-mil doit se laisser ?craser par deux manches-pilons dont le bruit est inoubliable. Le pilon est fait de bois de ga?c et est ? moiti? rempli. Comment oublier les poussins qui viennent r?der autour du pilon pour becqueter le moindre grain tentant de s??chapper.
Il ne faut pas oublier non plus la bouillie de farine de (pitimi) petit-mil, arros?e de sirop kann, de lait de vache, de cannelle, de gingembre et de zeste de citron qui font les d?lices de nos palais juste avant l?heure d?aller au lit. Cela vous fait couler l?eau de la bouche, n?est-ce pas ?
Dans le pays en dehors, les mornes sont recouverts de toutes sortes d?arbres et d?arbustes, les enfants sont friands de blagues et en contes. D?ailleurs, ils sont toujours pr?ts ? r?pondre ? bwa ch?ch ? ? chaque ? tim tim ?. Ce pays existe encore et se trouve ?tre une partie d?Ha?ti m?me si, sur internet et lors des ?ditions de nouvelles, Ha?ti veut seulement dire Port-au-Prince, violence, corruption, ins?curit? et j?en passe. A suivre...
(Poste 14 Mai 2008)
Le comportement de ces personnes avis?es, disions nous, m?a intrigu? et ce n??tait pas la premi?re fois. Je vous dit pourquoi. Nous passions ? Mariani, dans la banlieue sud de Port-au-Prince lorsqu?une pluie qui s??tait abattu sur la zone depuis pr?s de cinq minutes nous fit parvenir un torrent d?eau boueuse et furieuse ( excusez le pl?onasme) qui bloqua, sans aucune forme de proc?s, la circulation et obligea tous les v?hicules (m?me les quatre par quatre) ? demeurer sur place.
Jusqu?ici rien d?anormal puisque nous avons tout mis en oeuvre pour que la situation soit ainsi mais ce qui m?a paru aussi intrigant, c?est la t?te que faisaient ces universitaires accomplis, ces membres de l?intelligensia ha?tienne. Ils ?taient tellement surpris, tellement ?tonn?s de voir toute cette eau se d?verser sur la route que l?on aurait cru avoir affaire ? des ?trangers, pas n?importe quels ?trangers, des ?trangers qui n?ont jamais entendu parler d?Ha?ti. Pourtant, chers amis, ce sont d?authentiques Ha?tiens. Des Ha?tiens qui voyagent de temps en temps certes mais qui vivent et m?nent leurs activit?s professionnelles bel et bien en Ha?ti.
Toute cette introduction pour vous dire que nous sommes, nous autres Ha?tiens, des pompiers-n?s. De mauvais pompiers, vous me direz probablement mais des pompiers quand m?me.
Avant de continuer de parler de notre temp?rament de pompiers, laissez-moi vous signaler que nos ? paltalk ? ne sont pas ?crits pour ?tre aussi critiques, aussi d?faitistes qu?est la plupart des rubriques ha?tiennes du genre mais il y a des aspects de nos moeurs qui ne doivent pas rester sous silence.
Comment comprendre que des personnes instruites, des personnes qui ont beaucoup voyag? et vu tant d?organisation et de structure ? l??tranger s??tonnent des effets de la pluie alors que la colline au pied de laquelle passe la route nationale num?ro deux ? hauteur de Mariani h?berge un bidonville, que dis-je, un b?tonville ?
Point n?est besoin de vous pr?ciser que ce b?tonville ne r?pond ? aucune norme de construction ni d?urbanisation. Point n?est besoin de vous signaler que les seuls arbres qui y existent sont ceux qui se trouvent dans quelques calendriers accroch?s aux murs de ces constructions dont la majorit? est inachev?e.
Je vous assure que s?il ne pleuvait pas dans la zone, nos Ha?tiens lettr?s auraient continu? leur chemin sans avoir la moindre pens?e pour la colline d?bois?e et pour ses maisonnnettes mal construites. D?ailleurs, je me demande jusqu?? pr?sent s?ils en ont puisque leur r?flexion se focalisait sur l?eau d?chain?e qui nous arr?tait et mena?ait de nous conduire de force ? la mer toute proche.
Nous n?aimons pas pr?venir les catastrophes. Nous pr?f?rons plut?t les ignorer ou encore ignorer leur iminence. Ne me demandez pas pourquoi parce que je ne sais pas.
Le ? bon dieu bon ? est de rigueur dans un pays qui, pourtant, regorge de bels esprits. Notre fatalisme remporterait ais?ment la m?daille d?or si le CIO acceptait de l?inclure comme discipline olyimpique.
Les inondations survenues ? Fonds-verrettes et aux Gonaives, l?effondrement r?cente de b?timents abritant des ?coles ? N?rette (P?tion-ville) et ? Canap?-vert (banlieue est de Port-au-Prince) sont autant d??v?nements qui pourraient nous forcer ? concevoir les choses de mani?re plus s?rieuse mais il est fort possible que nous ne changions pas nos habitudes.
Ne cherchez pas de responsables de nos malheurs car vous n?en trouverez pas : tout le monde se balle ? un rythme si effr?n? que, finalement, personne n?est responsable. Si on ne trouve pas une bonne petite cause mystique, on pointe du doigt le blanc qui est, ? tort des fois, pris pour responsable de nos malheurs.
Nous sommes de mauvais pompiers dans la mesure o? les bons services de pompiers ne se contentent pas d?intervenir lors de catastrophes naturelles. Ils proc?dent aussi ? des exercices de simulation. En d?autres termes, ils pr?voient les catastrophes en pr?parant le comportement ? afficher en pareilles situations.
Tel n?est pas vraiment le cas des responsables ha?tiens pour qui tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu?? ce que le prochain probl?me surgisse.
Que dire de l?Ha?tien moyen ou petit peuple, comme on dit, qui se contente du pain quotidien et n?entrevoit aucun avenir pour lui et ses enfants ? Il fait comme tout le monde dans un pays o? l?on ne fait que se r?signer et subir toutes sortes de situations qui seraient, partout ailleurs, inacceptables.
C?est peut-?tre ce manque de planification, d?organisation, de pr?voyance qui fait la diff?rence entre les pays riches et les PMA, les pays les moins avanc?s. En tout cas, cela me semble ?tre une cause fondamentale du sous-d?veloppement. N??tes-vous pas de cet avis ? A suivre...
Pal Talk
Comprendre le Quotidien Haitien, Les moeurs, les coutumes, La vie des uns et des autres sur Pal TalK avec L'excellent blogger haitien "Ansy Augustin".
(Poste 29 Mai 2008)
S'il y
a un endroit en Haïti où l'on peut prendre le pouls de la situation
socio-économique et politique du pays, un endroit où commenter
les faits saillants du moment ou encore l'actualité, vider son trop
plein de stress et le contenu de son cœur, se défouler ou
méditer sur ses problèmes c'est bien à bord d'une des
camionnettes de transport public communément appelées tap tap.
"Pourquoi
les appelle-t-on tap tap?", m'a demandé l'autre jour un agent de la
MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti).
" Je ne sais pas trop, lui ai-je
répondu sur le coup, puis, j'ai ajouté que c'était peut-être parce que, autrefois, les
tap tap emmenaient leurs passagers à destination en un temps record (Port-au-prince
n'était pas aussi encombré qu'aujourd'hui)".
De
toute façon, en bon haïtien, je me sentais dans l'obligation de lui
répondre au risque de paraître comme un
"bèkèkè" (un idiot, en quelque sorte) aux yeux
d'un étranger qui me demandait une information concernant mon propre
pays.
Si
vous ne faites que regarder passer les tap tap, vous n'en retiendrez que le
côté artistique de certains d'entre eux (les Bwa fouyé) dont
les constructeurs se sont fait succéder d'artistes peintres pour les couvrir de peintures
naïves et de slogans de toutes sortes. Vous remarquerez également
l'éclectisme de l' haïtien car on trouve tous les portraits de stars
sur les tap tap. Tous sont représentés, enfin… les plus
connus ou selon le goût du propriétaire: Maradona, Ronaldo, Che
Guevarra, Britney Spears, Michael Jordan et j'en passe. Oui, chers amis,
malgré sa misère et son statut d'homme du sud, l'haïtien est
au courant de tout ce qui se fait dans le monde.
Entrons
dans un tap tap. Ce n'est pas chose difficile mis à part le fait qu'il
vous faut être en bonne forme physique parce que, la plupart du temps, on
est obligé de courir après le tap tap et de batailler pour y
entrer (le syndrome de la pénurie: il n'y aura pas assez de places pour
tout le monde). Il faut savoir aussi jouer des fesses pour s'asseoir dans ces
boites ambulantes de sardines vivantes et c'est, en général, à partir de ce moment que
commencent les échanges verbaux dans les tap tap.
Le
coup d'envoi est souvent donné par les questions de place et de promiscuité. Avant que les
passagers puissent réaliser que la seule personne qu'il leur faut
réellement blâmer est le chauffeur, ils s'attaquent
réciproquement à coups de reproches et d'injures. Puis, la
première tempête passée, ils se tournent vers le chauffeur
qui, ma foi, n'est qu'un pauvre diable qui a loué un véhicule pour
la journée et qui se hâte de réaliser l'argent du
propriétaire pour pouvoir, ensuite, se faire une pitance qu'il
rapportera à la maison. Les enfants attendent papa avec impatience et
maman aura mauvaise mine si la chaudière reste vide. Alors, au diable
les lois de la priorité et autres règlements de la circulation.
C'est le sauve-qui-peut partout oú deux ou plusieurs tap tap se
croisent, une sorte de jeu dont le but est de voir lequel passera avant l'autre.
Vous en n'êtes pas au courant peut-être mais l'indiscipline des
chauffeurs de tap tap est légendaire.
Les discussions à bord des tap tap
sont fonction de l'humeur des passagers du moment. Les femmes sont les cibles
privilégiées. On en entend de bien bonnes sur les femmes. Celles
qui viennent du sud (" fanm okay") sont dénoncées pour
leur vénalité, leur
infidélité. Une fois, j'ai entendu dire à bord d'un tap
tap que les femmes venant de la région des Cayes étaient
passées maîtresses dans l'art de déménager la maison
conjugale à l'insu de leurs concubins et de disparaître dans la
nature laissant le pauvre figé et ne sachant pas à quel saint se
vouer. L'avarice des hommes des Cayes (Que de fois l'on a entendu prononcer la
célèbre phrase: " Gasson okay simante pye kabann") est
un sujet très prisé aussi mais la femme haïtienne est la
proie idéale dans cette société machiste et
intolérante.
Pour
combattre la chaleur et oublier la dureté de la vie, une bonne blague
sur les femmes est la bienvenue. On trouve toujours dans les tap tap, un mec
qui a à se plaindre d'une déception sentimentale et
dénoncer l'hypocrisie, l'ingratitude, l'infidélité et
toutes autres qualificatifs qu'il peut trouver pour présenter les femmes
haïtiennes. Sur l'encouragement de ses pairs, il s'en donne à
cœur et même les grosses fesses de nos compatriotes féminins
sont pointées du doigt comme un péché mortel dans un pays
dont on dit qu'il est misérable. Mais rassurez-vous, les femmes ne se
laissent pas toujours faire. Elles savent se défendre.
D'ailleurs,
l'homme haïtien n'est pas exempt de tout reproche. Les passagères
évoquent presque automatiquement leur irresponsabilité car on
rencontre dans ce pays beaucoup de familles monoparentales où les
enfants n'ont que leurs mères pour les éduquer après que
leurs géniteurs se soient enfuis, laissant les pauvres mamans sans un
sou et sans défense.
Dans
un tap tap, tout est sujet à conversation: la cherté de la vie,
la politique, les défauts de l'haïtien, les ravages causés
par la dernière pluie, les exploits ou les déboires de la
sélection nationale de football, tout. L'essentiel aussi est de
satisfaire ce besoin de communiquer, ce besoin de savoir si l'autre a fait les
mêmes expériences que soi. De toute façon, il ne peut
exister que les taciturnes comme moi qui ne fais qu'écouter parler les
autres et sourire lorsque la blague est assez épicée,
l'haïtien doit s'exprimer.
(Poste 6 Aout 2008)
Ti sourit
C’est l’été. Il fait
chaud à Port-au-Prince plus que partout ailleurs. Par ces temps de
chaleur torride, proche de celle qui est prévue dans l’enfer, il
faut faire preuve de grande résignation et de courage pour rester chez
soi, confiné dans une des innombrables maisonnettes qui sont construites
à Port-au-Prince et dont l’exiguïté dépasse
l’entendement des fois. Alors que faire ? Faut-il se résoudre
à subir cette canicule qui vous retire toute l’eau du corps ou
s’échapper vers l’une de ces animations musicales de
quartier organisées dans divers points de la capitale et
dénommées « Ti sourit ». ?
Eh bien, laissez-moi vous dire que ce n’est
pas une trop mauvaise idée. Pourquoi ? Tout simplement parce
que l’ambiance est au rendez-vous ( pour les amateurs, bien entendu).
En tout cas, plus d’un y trouve leur compte.
Le dj de service qui trouve un public et une estrade pour prouver son
savoir-faire, les marchands de boissons de toutes sortes, alcoolisées ou
non qui écoulent leurs marchandises à une fréquence plus
grande à la faveur de l’euphorie provoquée par la musique
entraînante et les décibels incitateurs.
Parlant de musique, tout y est. Que ce soit les
derniers tubes compas ou de rap créole, les partisans de la musique
haitienne sont bien servis. Les éclectiques ne sauraient être mis
de côté car ils sont nombreux dans le pays. D’ailleurs, je
me demande si l’Haïtien en général n’est pas
animé de cet éclectisme, cette prédisposition à
apprécier toute belle mélodie venant d’ailleurs même
s’ils ne comprennent pas un mot des « lyrics » ou
paroles de chanson. En somme, l’Haïtien est ouvert au monde et
à sa musique. Les stations
de radio y sont pour beaucoup, il faut le dire.
La
musique attire les jeunes comme le miel attire les abeilles mais il n’y a
pas que cela. L’autre motif déterminant qui explique
l’affluence constatée dans les « Ti sourit »
est la présence de belles filles.
En effet, on est souvent poussé à
dire que la misère fait pousser de jolies jeunes filles en Haïti. On a beau parler de misère, de
pollution, d’insécurité, de tout ce qui peut faire Haïti
ternir encore plus l’image du pays mais les belles filles pullulent comme
des champignons, des « dion dion » dans l’ancienne
perle des antilles. Elles sont radieuses malgré un soleil espiègle,
croquantes malgré une alimentation anarchique, fières
malgré une misère provocatrice.
La jeune fille haïtienne de ce début
de siècle n’a pas froid aux yeux. Elle ne se laisse pas vaincre
par le machisme séculaire qui s’est installé dans le pays.
Elle veut s’émanciper afin de pouvoir jouir de la vie et s’exprimer comme bon lui semble.
Une nouvelle mentalité voit le jour. Aba la
pudeur paralysante ! Les filles ont décidé de rivaliser
leurs homologues jamaicaines en se libérant du joug des tyrans de la
gente masculine.
Dans un passé pas trop lointain, lorsque
l’on regardait à la télévision, les jamaicaines se
trémousser et se livrer à toutes sortes de mouvement suggestifs
au sexe, on se demandait si tous les habitants de ce pays voisin n’étaient
pas sous l’emprise de la marijuana qui leur faisaient se ficher pas mal
du qu’en dira-t-on. D’autres compatriotes, voulant paraître plus
avisés, avancent que cet exhibitionnisme est dû au fait que, dans
ces pays, les filles n’ont pas trop à se soucier de besoins
primaires tels comment elles doivent s’y prendre pour avoir le pain
quotidien. Donc, elles peuvent donner libre cours à certaines pulsions.
Ces réflexions se doivent d’être mis en doute, de nos jours
car Haïti a tendance à devenir
« up-to-date ».
En effet, les « thugs »
deviennent de plus en plus nombreux et s’affichent lors des «
Ti sourit ». Les nanas sont devenues plus «
cools », plus réceptives, plus « kale
ko ». Les moeurs évoluent, quoi !
Certains hommes, la plupart des hommes, disons
mieux, apprécient. Ils ne se gênent pas pour se « rincer
les yeux ». Le spectacle est tentant, captivant. Les jupes courtes, les
« baggy » , les « jeans » moulants
qui permettent d’admirer, sans équivoque, courbes et rondeurs, ce
sont autant de facteurs qui invitent à oublier la chaleur impitoyable
laissée à la maison. Il ne faut pas oublier que le
« grog » peut couler à flots si les poches le
permettent.
Les « ti sourit » ne sont
pas que débauches et tentations. Souvent, on n’y organise des
championnats de football sur terrain improvisé et réduit. De
même que des parties de basketball à trois contre trois avec un
seul panier mais ces « championnats » ne sont que
prétextes car, mis à part les joueurs et certains amis proches,
ils ne sont pas trop suivis.
Si la musique est toujours au rendez-vous, Si les
dj font toujours preuve de goût et de dextérité et si les
jeunes port-au-princiennes restent aussi belles et provocatrices
qu’elles semblent vouloir se décider à être, je
connais pleins de gars qui ne se plaindront pas de chaleur pendant les nuits
d’été. A suivre...